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Le Rwanda, serial prédateur

Lu pour vous

 

https://www.radiofrance.fr/ Jeudi 11 août 2022

Kigali a mis en coupe réglée l'ouest de la République démocratique du Congo et ne veut pas qu'on le prive des devises de ses rapines : les "minerais du sang".

Antony Blinken achève une tournée dans l’Afrique des grands lacs

Et le choix du secrétaire d’État se s’inviter dans les affaires congolaises est loin d’être un hasard. Commençons par les raisons économiques :

La RDC est un « scandale géologique » : à lui seul ce géant francophone de 80 millions d’habitants, 5 fois grand comme la France, produit les deux tiers du cobalt mondial, un minerai crucial pour les batteries dont a tant besoin l’industrie automobile.

Mais ce n’est pas tout : on trouve là-bas tout ce dont l’industrie moderne des puces, des télécommunications et de la chimie fine peut rêver : coltan, or, tantale, cassitérite, wolframite. Ça mérite bien le voyage !

Faire baisser les tensions entre le Rwanda et la RDC

C’est vrai que tout le monde est inquiet : les deux pays se sont fait la guerre deux fois, sur le sol congolais et avec à la clé des millions de morts. Or, depuis plusieurs semaines maintenant, un groupe de rebelles appelé M23 refait parler de lui.

On le croyait débandé ou du moins endormi depuis plusieurs années, le voilà réarmé et multipliant les opérations contre l’armée congolaise dans ce qu’on appelle les « deux Kivu », à savoir les régions frontalières entre Rwanda et RDC.

Or, ces « deux Kivus » sont une des plus riches régions minières du Congo et on sait, par ailleurs, que le Mouvement M23 est composé exclusivement de tutsis congolais qui ne cachent ni leurs liens présents et passés avec le régime de Paul Kagamé.

Quel rapport entre ces rebelles et les minerais rwandais ?

C’est très simple : en pourchassant les génocidaires de 1994 qui avaient trouvé refuge côté congolais, le Rwanda s’est vite rendu compte du bénéfice qu’il y avait à contrôler les ressources minières de la région et notamment le coltan et le tantale.

Le Rwanda qui ne possède pas une seule mine de coltan ou de tantale est devenu, en quelques années, respectivement le 1er et le 3e exportateur mondial de ces « minerais du sang ». Un tiers du coltan mondial passe ainsi par le Rwanda et échappe à la RDC !

Or, en 2019 le pouvoir a changé à Kinshasa : Joseph Kabila, que les Congolais surnommaient « le Rwandais » a été remplacé à la présidence par Félix Tshisekedi qui, lui, n’est pas un ami de Kigali. Ses dernières semaines, les tensions sont donc à leur comble.

Qui peut servir d’intermédiaire ?

Pas Londres qui vient de signer avec Kigali un accord incroyable : c’est au Rwanda que les Britanniques instruiront les demandes d’asile pour la Grande-Bretagne ! Ni Paris, qui vient à peine de faire la paix des mémoires sur le génocide de 1994. Pas question donc, ni pour l’un ni pour l’autre, de se fâcher avec Kagamé.

Moscou, pour le coup, compte pour peu dans cette sous-région. Reste Washington : les Etats-Unis sont un allié indéfectible du Rwanda depuis qu’ils se sentent coupables de n’avoir rien fait pour arrêter le massacre d’un million de tutsis, toujours en 1994.

Mais justement, ils ont pris l’habitude de ne rien exiger de trop contraignant de Paul Kagamé. Or, le Rwanda vient justement d’inaugurer une fonderie dernier cri de coltan !

Pourquoi gâcher des investissements aussi lourds et aussi prometteurs alors que les Etats-Unis sont, par exemple, le 1er client du Coltan rwandais et que l’industrie automobile étasunienne à tellement besoin de batteries !

 

 

Blinken se rend au Rwanda, un moment de test pour le vieil allié américain Kagame.

Zone Bourse

 

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken est en visite à Kigali moins d'une semaine après que des experts des Nations Unies aient découvert des "preuves solides" de l'ingérence militaire du Rwanda dans l'est de la République démocratique du Congo.

Les analystes régionaux s'attendent à ce que M. Blinken, qui est arrivé mercredi soir, fasse pression en privé pour faire cesser le soutien présumé du Rwanda au groupe rebelle M23 sans appliquer immédiatement des sanctions ou bloquer l'aide militaire, comme l'ont fait les États-Unis dans des circonstances similaires en 2013.

Un rapport confidentiel envoyé au Conseil de sécurité des Nations unies la semaine dernière indique que les troupes rwandaises combattent aux côtés des rebelles du M23 au Congo, et que Kigali fournit des armes et un soutien au groupe depuis novembre.

Le gouvernement rwandais a déclaré que les conclusions de l'ONU, basées sur des preuves comprenant des témoignages et des images de drones, étaient fausses, et que le M23 relevait de la responsabilité du Congo.

Les Etats-Unis sont un allié de longue date du président rwandais Paul Kagame, mais M. Blinken a déclaré aux journalistes mardi à Kinshasa qu'il était très préoccupé par les "rapports crédibles" selon lesquels le Rwanda a apporté son soutien au M23.

L'année dernière, l'administration américaine a accordé au Rwanda 147 millions de dollars d'aide bilatérale, et 500 000 dollars pour la paix et la sécurité.

"L'exportation la plus importante du Rwanda est sa réputation ; c'est ce qui attire Starbucks, c'est ce qui attire Bill Gates et cette réputation est mise à mal en ce moment", a déclaré Jason Stearns, directeur du Congo Research Group de l'Université de New York.

La visite de Blinken "conduira à une réévaluation de ce qui se passe sur le terrain", a déclaré Stearns à Reuters par téléphone.

Une déclaration du ministère rwandais des affaires étrangères sur la visite de Blinken a déclaré que le pays s'engageait à relever les défis de la sécurité dans la région des Grands Lacs.

Le Rwanda a été reconnu pour sa stabilité, sa facilité à faire des affaires et ses progrès en matière de développement depuis le génocide de 1994, mais Kagame s'est également attiré des critiques pour sa répression des opposants dans le pays et à l'étranger.

Le haut diplomate américain a déclaré qu'il évoquerait le sort de Paul Rusesabagina, un résident américain qui a été condamné par le tribunal de Kigali à 25 ans de prison pour terrorisme.

Rusesabagina a refusé de participer à ce qu'il a appelé un procès "bidon", affirmant qu'il avait été enlevé et amené à Kigali contre sa volonté.

Le ministère rwandais des Affaires étrangères a déclaré que l'arrestation et la condamnation de Rusesabagina étaient légales en vertu du droit rwandais et international.

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