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Afrique : l'inflation alimentaire peut-elle générer de nouvelles émeutes de la faim ?

 

AFP Mise à jour 12.08.2022 à 14:48

Les prémices de nouvelles "émeutes de la faim" sont-elles visibles en Afrique sub-saharienne, à l'instar des violences meurtrières le mercredi 10 août en Sierra Leone ?  La flambée des prix alimentaires fait craindre des troubles sociaux sur le continent. Dans un rapport sur la sécurité alimentaire publié le 29 juillet, le Fonds monétaire international (FMI) déroule une longue liste d’inflation à deux chiffres dans de nombreux pays d’Afrique. 

"Les craintes à l'égard de la sécurité alimentaire se sont nettement accentuées" avec la guerre en Ukraine et l'explosion des prix des denrées alimentaires, accroissant "les risques de troubles sociaux" au sein des pays vulnérables, alertait le Fonds monétaire international en avril. Depuis la situation s’est encore aggravée, malgré la reprise récente et très progressive des exportations de céréales en provenance d’Ukraine. 

Record d'inflation au Zimbabwe

En tête des pays du continent les plus durement touchés par l’inflation alimentaire se trouve le Zimbabwe, où l’inflation des prix des denrées alimentaires a atteint 255% en juin. Le pays a eu beau suspendre les droits de douanes à l’importation sur les produits de base comme l’huile, le riz et la farine, rien n’y fait.

La Russie est le premier fournisseur de blé et de produits chimiques agricoles du Zimbabwe. L’économie du pays, déjà mise à rude épreuve par les disputes autour de la réappropriation des terres agricoles et la crise du Covid-19, subit de plein fouet les conséquences de la guerre en Ukraine. 

Émeutes meutrières en Sierra Leone

Loin derrière le Zimbabwe mais tout de même très affectés par la crise, on trouve l’Ethiopie (38,1%) le Rwanda (26,1%), l’Angola (25,1%) et la Sierra Leone (23% en avril selon les données du FMI). Des taux d’inflation à deux chiffres, qui font craindre par endroits un retour des émeutes de la faim. En Sierra Leone, des manifestations contre la vie chère ont tourné à l'émeute le mercredi 10 août à Freetown, la capitale, entraînant la mort d'au moins douze civils et quatres membres des forces de sécurité, frappés à mort par une foule appelant au départ du président. 

Car malgré un sol regorgeant de diamants, la Sierra Leone est un des pays les moins développés au monde. L'ancienne colonie britannique qui compte 7,5 millions d'habitants se remettait encore d'une guerre civile brutale de 1991 à 2002, et de l'épidémie d'Ebola de 2014-2016 quand il a été frappé par la pandémie de Covid-19 puis par les conséquences de la guerre en Ukraine. Pour les 43% de Sierra-Léonais qui survivent avec moins de 1,90 dollars par jour, l’augmentation des prix de denrées alimentaires de base comme le riz est un poids supplémentaire qui risque de devenir insupportable. 

L’Afrique de l’Ouest particulièrement menacée

Et la Sierra Leone est loin d’être le seul pays concerné dans la région. Toute l’Afrique de l’Ouest fait face à une crise qui réveille le spectre des émeutes de 2008, des mouvements de protestations plus ou moins violents dans une trentaine de pays, notamment au Sénégal et au Cameroun. Le Ghana enregistre un taux d’inflation alimentaire de 30,7%. Au Burkina Faso, c’est 25,2% et le Togo, la Gambie, le Sénégal et la Guinée flirtent avec des taux entre 12 et 14%. La progression des prix du blé est "particulièrement préoccupante" pour le FMI, car l'Afrique sub-saharienne importe 85% de la consommation de cette céréale. Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, comme “le Bénin, le Cap-Vert, la Gambie, le Sénégal et le Togo importent plus de la moitié de leur blé d’Ukraine et de Russie”, expliquait Alain Sy Traoré, chargé de l’agriculture et du développement rural à la Cédéao au journal Le Monde, le 26 juillet dernier.

Non seulement les céréales à l’importation sont chères, mais en plus les productions locales, comme le manioc ou l’igname, subissent également l’inflation. En cause : l’augmentation des prix de l’engrais, dont la Russie est le premier exportateur mondial. Une situation qui fait craindre "un ouragan de famines" à l’ONU, tandis que le FMI met en garde contre le risque de "protestations sociales". Car les prix de denrées alimentaires essentielles comme l’huile et les céréales ont déjà dépassé ceux atteints pendant les printemps arabes de 2011 et "les émeutes de la faim" de 2008.

Émeutes de la faim, Acte 2 ?

Faut-il craindre un acte 2 ? En avril, Qu Dongyu, le directeur général de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), avait dressé un parallèle entre l'explosion de 2008 et la situation actuelle : les deux crises sont marquées par une flambée des prix alimentaires, des carburants, des engrais, ainsi que des transports. À ses yeux, la situation pourrait même être plus problématique cette fois, en raison de deux années de pandémie et des risques majeurs que fait peser la guerre en Ukraine sur les récoltes de l'an prochain.

Selon la FAO, avant même l’éclatement du conflit en Ukraine, 828 millions de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire en 2021. Même les organisations internationales subissent la crise économique : en Afrique de l’Ouest - en particulier au Burkina Faso, au Cameroun, au Tchad, au Mali, en Mauritanie et au Niger - le Programme alimentaire mondial (PAM) a réduit "de manière significative" les rations d’aide alimentaire. Des perturbations sont imminentes en Angola, au Malawi, au Mozambique, au Congo, en Tanzanie et au Zimbabwe, met en garde le PAM.


Une situation qui devrait continuer à s’aggraver, alors que dans les pays en développement, 71 millions de personnes ont basculé dans la pauvreté en seulement trois mois. De quoi venir grossir les rangs des personnes souffrant de la faim - et peut-être déclencher une nouvelle vague de protestations à travers tout le continent. 

Alicia Mihami

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