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Le dialogue national tchadien a des enjeux africains (analyste)

 

Publié le 02.09.2022 à 15h18 par APA

Expert de la géopolitique du Sahel et de l’Afrique, le journaliste nigérien Seidik Abba analyse pour APA les enjeux du dialogue national tchadien lancé le 20 août dernier mais temporairement suspendu à cause de certains désaccords. Deux semaines après son ouverture, le dialogue national inclusif tchadien est momentanément suspendu. Qu’est-ce qui motive cette décision ?

On peut évoquer plusieurs facteurs pour expliquer cette suspension. Il y a d’abord la volonté des autorités de donner une chance au caractère encore plus inclusif du dialogue. Outre les mouvements politico-militaires, il y a une partie de la classe politique, au premier rang de laquelle les Transformateurs de Succès Masra, qui ne participe pas au dialogue. Il en est de même pour une partie de la société civile, à l’image du collectif Wakit Tama. Avec ces absences, il y a le risque que le dialogue n’ait pas le caractère inclusif souhaité en vue d’obtenir un consensus plus large possible sur les décisions qui sortiront. Les autorités ont estimé qu’il fallait donner une dernière chance aux tractations avec les parties qui ne sont pas présentes. Les facilitateurs qataris étaient à N’Djamena. Ils ont rencontré certains dirigeants politiques et de la société civile dans le but de les persuader. L’espoir n’est pas perdu. Beaucoup regardent aussi du côté de la France pour savoir si elle peut contribuer à une plus large participation. Donc, les tractations se poursuivent pendant cette période de suspension.

L’autre raison est de permettre à tout le monde de prendre connaissance le plus largement possible des projets de textes qui ont été préparés pour la discussion. Des tractations sont également en cours avec les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (Fact) pour les convaincre de participer au dialogue. Le Fact a posé un certain nombre de préalables, notamment la libération des personnes détenues, une amnistie des garanties. Il a estimé que tout cela n’a pas été pris en compte et qu’il ne pouvait pas participer. Mais des médiations sont en cours. La suspension vise justement à favoriser les derniers obstacles et réticences pour que le dialogue reprenne de plus belle et qu’il soit le plus consensuel et le plus inclusif. C’est quand même la première fois dans l’histoire politique du Tchad qu’on a un dialogue aussi large que celui-là, avec un caractère souverain et des décisions qui devraient être totalement exécutoires.

Pourquoi la nomination d’un comité ad hoc pour faciliter la participation de toutes les composantes de la société tchadienne au dialogue a provoqué le retrait de certaines organisations ?

Ce retrait symbolise la difficulté de la classe politique tchadienne. Au moment où on cherche à élargir, d’autres se sont retirés. Ils estiment avoir déjà fait preuve de bonne volonté en venant au dialogue et ne voient pas d’un bon œil le fait d’aller supplier les absents. Tout cela démontre l’absence de sérénité dans laquelle les choses se font. C’est surtout cette volonté de concession qui a heurté un certain nombre d’acteurs. A mon avis, ce n’est pas la meilleure façon de favoriser le dialogue. Mais avec les tractations en cours, avec la volonté des uns et des autres, tout le monde pourrait être amené à reconsidérer sa position. A partir du moment où on est déjà présent à N’Djamena, c’est qu’on a accepté l’idée de dialogue.

Le dialogue se tient avec une quarantaine de groupes politico-militaires, mais sans le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (Fact), responsable de la mort du président Idriss Deby. Cette absence remet-elle en cause la crédibilité des discussions ?

Le Fact, un des plus grands mouvements politico-militaires au Tchad, a choisi de s’absenter parce qu’il estime que les conditions préalables qu’il a posées ne sont pas respectées. Il s’agit entre autres de la libération de détenus politiques, la création d’un cadre serein pour l’ouverture et la tenue du dialogue, des garanties de sécurité, etc. C’est clair que c’est un élément important, qu’il aurait été plus correct que le Fact soit présent à la discussion. Mais cette absence n’invalide pas le dialogue. Si ce dernier obtient de bons résultats, l’absence du Fact pourrait se retourner contre lui. Le boycott est toujours une arme à double tranchant. Aujourd’hui, l’enjeu c’est le résultat du dialogue. Si au terme, on réussit à trouver un consensus sur la tenue d’élections libres, transparentes et démocratiques, sur la structure chargée de les organiser et sur une nouvelle Constitution, le Fact pourrait être le grand perdant. Pour cette raison, il faut être présent pour pouvoir faire changer les choses. Puisqu’il était entendu qu’il n’y a pas de tabou, tout pourrait être mis sur la table et discuté. La bonne méthode aurait été de venir et de voir comment créer le rapport de force. De mon point de vue, il n’y a pas de risque que la crédibilité des décisions soit affectée par l’absence du Fact, à condition qu’elles soient bonnes. S’il y a un consensus sur les principaux enjeux (élection présidentielle, libération de détenus, …), les gens ne se soucieront pas tellement de la non-participation d’une entité (quelle que soit sa dimension).

Avant l’ouverture du dialogue, le président en exercice de l’Union africaine (UA), le Sénégalais Macky Sall, a rencontré le président de la transition tchadien à N’Djamena. Quelles devraient être les retombées de cette visite ?

En sa qualité de président en exercice de l’Union africaine, le président Macky Sall était à N’Djamena, à la veille de l’ouverture du dialogue, pour encourager les parties tchadiennes et soutenir la démarche. Il est important que les Tchadiens sentent qu’ils sont soutenus dans leur démarche par l’Afrique d’abord, ensuite par la communauté internationale. Le président Macky Sall, en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine, est venu l’exprimer. Le Tchad est quand même un pilier de la question sécuritaire au Sahel et dans le bassin du Lac Tchad. Toute approche qui viserait à encourager le dialogue et la solution négociée entre les parties tchadiennes ne peut que profiter à la stabilité de l’Afrique et de la sous-région. Le Tchad est engagé dans la lutte contre Boko Haram et les autres groupes terroristes au Sahel occidental, notamment dans la zone des trois frontières. Les soldats tchadiens y sont déployés en soutien au Niger et au Burkina Faso. Donc, il est important que le président Macky Sall vienne encourager les parties tchadiennes et les aider à convaincre les réticences qu’il peut y avoir par rapport au dialogue.

Ses enjeux dépassent largement le cadre tchadien et sous-régional, notamment le bassin du Lac Tchad, pour concerner toute l’Afrique de l’ouest. A partir du moment où ça implique la stabilité de tout le continent, c’est important que le président en exercice de l’Union africaine vienne dire aux parties tchadiennes que « l’Afrique vous regarde, l’Afrique est avec vous ».

 

 

Tchad: la police arrête 84 militants du parti d'opposition Les Transformateurs

 

https://www.rfi.fr/ Publié le 01/09/2022 - 23:32 Avec notre correspondant à Ndjamena, Madjiasra Nako

Ce jeudi matin, plusieurs caravanes de la formation politique Les Transformateurs, qui parcouraient la ville pour appeler à un meeting samedi, ont été interceptées par la police pour troubles à l’ordre public. Des interpellations qui crispent le climat politique déjà tendu. 

La police nationale indique sur sa page Facebook avoir arrêté 84 militants des Transformateurs qui paradaient sans autorisation au centre-ville pour trouble à l’ordre public et attroupement non autorisé par le ministère de la Sécurité publique. Les personnes interpellées se trouvent entre les mains des services de sécurité pour besoin d’enquête.

Sur sa page Facebook, le parti d’opposition se défend de ce dont il est accusé et rappelle qu’il procède ainsi, pour lancer des appels à la mobilisation depuis trois semaines. La formation politique de Succès Masra dénonce des arrestations arbitraires et menace de manifester pour obtenir la libération de ses 91 militants. Dans son texte, le parti de Succès Masra indique que « l’heure de l’intimidation des Tchadiens est révolue ».

Le parti, qui boycotte le dialogue national inclusif depuis son ouverture il y a deux semaines, assure qu’il maintient son meeting de samedi prochain, comme il le fait depuis trois semaines. Dans un communiqué diffusé jeudi soir, les religieux et aînés de la République disent constater une intransigeance chez chacun des protagonistes qui risque de faire dégénérer la situation. Afin de baisser la tension, ils invitent les Tchadiens de toutes les religions à prier pour l’avenir de leur pays.

 

 

Tchad: le siège du parti des Transformateurs encerclé par des forces de l'ordre

 

https://www.rfi.fr/ Publié le 02/09/2022 - 17:49 Avec notre correspondant à Ndjamena, Madjiasra Nako

Le climat politique est tendu depuis le début de la semaine au Tchad où le dialogue national dit inclusif provoque polémiques et claquements de portes. Jeudi, des dizaines de militants du parti les Transformateurs, de Succès Masra, ont été arrêtés alors qu'ils tentaient de mobiliser pour une manifestation prévue demain. Et ce vendredi matin, les forces de l'ordre ont encerclé le siège du parti.

Les ruelles qui permettent d’accéder au siège des Transformateurs sont bouclées jusqu'à présent. Les soldats qui bloquent les accès ont posés cet après-midi des cadenas sur le portail et plus loin, deux tentes ont été installées. Signe que les forces de l'ordre ont décidé de camper pour un moment.

Le calme est revenu dans le secteur mais l'accès aux rues menant à la clinique et l’hôtel situés aux alentours sont interdits. Des soldats ont été postés au dessus de l’hôtel de quatre étages qui surplombe le siège des Transformateurs.

Ce vendredi matin, des affrontements ont opposé la police et les militants des Transformateurs qui essayaient de rallier le siège. Il y a eu des courses-poursuites, des tirs de grenades lacrymogènes et quelques interpellations. Le porte-parole de la police dit ne pas disposer du nombre de personnes interpellées. En fin de matinée, l’air était irrespirable dans le secteur à cause des effets des grenades lacrymogènes.

 

Il y a eu des arrestations devant et autour du siège, encore plus de 40 personnes. Donc, on est autour de 140 personnes arrêtées sans qu'on ne sache d'ailleurs pourquoi. On parle d'un dialogue, manifestement, c'est un monologue.

 

Succès Masra (Transformateurs): «Il y a eu des arrestations devant et autour du siège»

 

Pierre Firtion

Le parti suspend les négociations en vue de sa participation au dialogue

Malgré les appels à l’apaisement venant de plusieurs entités dont le médiateur qatarien, le président de la commission nationale des droits de l’homme, les forces de l’ordre semblent décidés à user les opposants retranchés à l’intérieur du bâtiment.

Les événements de ce vendredi matin risquent de compliquer davantage la participation des Transformateurs au dialogue qui reprend samedi matin, mais la médiation qatarienne, qui est revenue à Ndjamena, se dit toujours optimiste. « Nous ne désespérons pas de voir tous les Tchadiens dans la salle », nous a confié un diplomate africain de haut-rang qui travaille pour la facilitation qatarienne.

Depuis ce matin, nous sommes en discussions, nous sommes dans le dialogue. Nous travaillons. Mais pour l'instant, je n'ai pas connaissance d'arrestations de qui que ce soit. Il semblerait qu'hier [jeudi] quelques éléments, je ne sais à quel parti ils appartiennent, se sont déployés dans la ville en faisant des parades qui pouvaient mettre en péril la sécurité du pays.

Abderaman Koulamallah (porte-parole du gouvernement): «Pour l'instant, je n'ai pas connaissance d'arrestations»

 

Pierre Firtion

Mais dans un message diffusé vendredi soir, le parti d’opposition annonce qu’il suspend toute négociation en vue de sa participation au dialogue national inclusif et maintient son meeting prévu pour demain samedi au même moment que le dialogue national inclusif suspendu depuis quelques jours est censé reprendre.

Ce raidissement arrive au moment où le présidium mis en place a mandaté un comité ad hoc pour entrer en pourparlers avec ceux qui refusent de prendre part au dialogue. Ca veut dire que la mission du comité ad hoc est rendue difficile par l'encerclement du siège des Transformateurs et l'arrestation de certains de ses militants.

Evariste Ngarlem Tolde, enseignant-chercheur en science politique à l'université de N'Djamena.

Laurent Correau

 

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