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L’Allemagne reconnait un génocide en Namibie

Lu pour vous

 

By La rédaction de Mondafrique 27 septembre 2022

 

Un siècle après l’impitoyable répression à laquelle elle s’est livrée contre les peuples autochtones du Sud-Ouest africain lors de la colonisation de l’actuelle Namibie, l’Allemagne a reconnu pour la première fois avoir commis un génocide  contre les populations des Herero et Nama pendant l’ère coloniale. Elle va verser au pays plus d’un milliard d’euros d’aides au développement.

Une entreprise d’extermination engagée alors même que le corps expéditionnaire allemand venait pourtant de briser militairement et définitivement l’insurrection Herero lors de la bataille de Waterberg le 1er août 1904.

Une enquête d’Eric Laffitte

Largement éclipsée par celle de ses concurrents  britanniques et français, l’histoire coloniale allemande en Afrique reste largement méconnue. L’Allemagne fut pourtant présente sur le continent au Togo, au Cameroun, au Rwanda, au Burundi, en Afrique de l’Est (Zanzibar) et encore dans le Sud-Ouest africain (actuelle Namibie).

C’est d’ailleurs bien à Berlin  en 1885 que se tient la fameuse conférence internationale au cours de la laquelle les principales puissances coloniales s’appliquèrent à fixer leurs zones d’influence respectives. 

L’Allemagne demande pardon 

Il y a seulement quelques semaines, en mai 2021, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, demandait publiquement pardon à la Namibie et aux descendants des victimes pour ce que le diplomate reconnaissait être un « génocide ». Soit le massacre planifié il y a un siècle, de 65 000 Héréros et de 20 000 Namas, entre 1904 et 1908.

L’histoire de la présence du Reich allemand sur ce qui correspond à l’actuelle Namibie illustre alors parfaitement la politique coloniale préconisée par Bismarck, à savoir :

« Le marchand doit précéder le soldat.» 

En 1883, un commerçant allemand originaire de Brême, Adolf Lüderitz, acquiert la petite presqu’île d’Angra Pequena auprès d’un chef Nama. Soit 8 kilomètres carrés de côtes inaccessibles formées de dunes orange qui s’étendent à l’infini et bordées par un désert aride. Un territoire si désolé qu’aucun des précédents colonisateurs portugais, anglais, hollandais n’a jamais jugé propice de s’y installer. Ce qui explique aussi que tard dans le siècle, le XIXe, la Namibie reste encore vierge de toute colonisation européenne.

Très vite, Lüderitz, lui, étend significativement ses terres, ce qui tout aussi rapidement, chagrine fortement les Anglais présents en force dans le sud de l’Afrique. Pour se prémunir d’un fâcheux « retour de stick », notre propriétaire terrien se place alors sous la protection du Reich dès le 7 août 1884. Pour la petite histoire signalons que Lüderitz mourra  ruiné sans savoir que le sous-sol dont il est le propriétaire, est gorgé de diamants… 

Ainsi naît la « Deutsch-Südwestafrica », colonie du Sud-Ouest africain allemand, laquelle s’étend sur 835 000 kilomètres carrés et compte environ 3 000 ressortissants allemands en 1902.

Un des premiers administrateurs de la nouvelle colonie se trouve être Heinrich Göring, père du futur bras droit d’Hitler, Herman Göring.

Sur ce même territoire vit une population autochtone, peu nombreuse (environ 300 000 habitants) et dont les deux principaux groupes sont les Namas (40 000) les Héréros (80 000)

 

Appel à l’insurrection

Sur des terres pauvres en ressources et tout particulièrement en eau, les conflits sont récurrents entre fermiers blancs et populations indigènes. Ils s’accroissent encore avec la construction d’une ligne de chemin de fer qui vient couper en deux le territoire des Héréros et pour laquelle les réquisitions de main d’œuvre forcée se multiplient. De même les acquisitions constantes de terres par les colons allemands privent peu à peu les peuples autochtones de moyens de subsistance.

En janvier 1904, Samuel Maharero, un des principaux chefs Héréro, après avoir longtemps entretenu des rapports très étroits avec l’administration coloniale allemande, lance un appel à l’insurrection suite à l’injonction de céder une  nouvelle fois des terres.  

Il peut compter sur 6 000 hommes, armés pour la plupart de fusils. S’en suit le sabotage du chemin de fer, l’incendie de fermes appartenant aux colons, quelques coups de main heureux contre des miliciens  mais aussi une série d’exactions incontrôlées dont sont victimes des civils allemands et parmi eux des femmes et des enfants.

Une impitoyable répression 

L’émotion suscitée en Allemagne conduit alors Berlin à expédier 15 000 hommes en renfort, lesquels débarquent en juin 1904, équipés d’un matériel conséquent, mitrailleuses, canons, pour briser l’insurrection.

Le commandement des troupes allemandes est confié au général Lothar von Trotha, officier confirmé des guerres coloniales et réputé « pour son implacable sévérité dans la répression »*. 

S’ensuit une guerre d’usure. Le pays est quadrillé par un corps expéditionnaire dont la puissance rend vain tout espoir pour les Héréros de l’emporter dans un assaut frontal.

Traqués, les Héréros se réfugient en août sur le plateau de Waterberg. S’y rassemblent 6 à 10 000 combattants, mais aussi leurs familles, femmes et enfants, soit plusieurs dizaines de milliers de civils. Ils s’y trouvent rapidement encerclés, nassés sur trois côtés du plateau, et désormais la proie des bombardements par l’artillerie. Avec pour unique échappatoire le désert du Kalahari. Fuyant les obus, plusieurs milliers vont y mourir de faim ou de soif.

Et d’autant plus que Von Trotha fait détruire ou empoisonner les puits autour du périmètre qui borde la nasse.

« L’armée » Héréro en tant que telle a dès lors cessé d’exister. Cela n’apaise pas pour autant la fureur répressive de Von Trotha qui, le 2 octobre 1904, publie un décret aux forts accents génocidaires : « A l’intérieur de la frontière allemande, tout Héréro, avec ou sans fusil, avec ou sans bétail, sera fusillé. Je n’accepte plus ni femme ni enfant, je les renvoie à leur peuple ou fais tirer sur eux. Telles sont mes paroles au peuple héréro ». 

Signé : « le grand général du Puissant Empereur. Von Trotha ».

Camps de concentration

Ce décret terrible qui autorise la liquidation des civils, des femmes et des enfants ne dissuade pourtant pas les Namas d’appeler à leur tour à l’insurrection dès le lendemain.

Sans plus d’espoir de succès. Ils sont écrasés à leur tour lors de la bataille de Swartfontein le 15 janvier 1905. Les survivants fuient vers le désert du Kalahari…

Pendant quelques mois, une guérilla sporadique perdure. C’est alors que fidèle à ses principes, Von Trotha (inspiré par le traitement appliqué par les Britanniques au Boers) met en place une demi-douzaine de camps de concentration où sont parqués dans des conditions inhumaines les Héréros et Namas ayant survécu aux bombes et au Kalahari.

20 à 25 000 hommes, femmes, enfants soumis au travail forcé seront internés dans ces camps où les détenus se voient imposer un tatouage sur le bras. Ainsi, le sigle « GH », pour « Gefangener Herero » (prisonnier héréro). En 1908, la « pacification » est achevée. Ce dont témoigne le « pardon » accordé aux rebelles par l’Empereur Guillaume II le jour de son anniversaire…

On estime que 65 000 Héréros (sur 80 000) et 20 000 Namas (sur 40 000) ont trouvé la mort lors de cette impitoyable campagne de répression. Soit respectivement 80 % et 40 % de ces deux peuples du Sud-Ouest africain.

 

* (La vidéo de déclaration publique du ministre allemand Heiko Maas est consultable ici :

https://www.msn.com/fr-fr/actualite/other/«nous-allons-demander-pardon-à-la-namibie»-lallemagne-reconnaît-un-génocide-contre-les-hereros-et-les-namas/vi-AAKtZcn)

* L’épopée coloniale allemande. De Sylvain Roussillon. Via Romana éditions. 2021

 

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