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Tchad : le dialogue national inclusif entre dans sa phase décisive

Les propositions du comité ad hoc font réagir au Tchad

dw.com par Par Carole Assignon

Un comité a proposé la prolongation de deux ans de la transition débutée il y a dix-huit mois. Il propose aussi le maintien du président de transition.

Un comité ad hoc, mis en place par le présidium du dialogue national, a proposé une prolongation de deux ans de la transition, de maintenir à la tête de l'Etat le chef de la junte militaire, Mahamat Idriss Déby Itno, et d'autoriser les membres de la transition à présenter leurs candidatures aux élections à venir.

Si toutes ces propositions du comité ad hoc font l'objet d'intenses discussions au dialogue national, il semble que pour certains participants à la rencontre les choses aillent déjà dans le bon sens.  

Saleh Kebzabo, le président de l'UNDR, se félicite du travail de ce comité et estime qu'il faut être réaliste.

 "J'étais de ceux qui militaient pour une transition de 18 mois. Celle-ci vient de finir et voilà qu'on va déborder et qu'on va avoir encore une transition de deux ans. C'est le réalisme qui l'impose. J'étais de ceux qui ont dit aussi que les dirigeants de la transition ne peuvent pas participer aux compétitions électorales futures mais force est de constater que si vous excluez une catégorie quelconque de citoyens, c'est injuste. Laissez tout le monde participer. Organisons de bonnes élections" explique Saleh Kebzabo à la DW. 

Les décisions s'imposent à tous

A ceux qui ont préféré boycotter le dialogue national, Saleh Kebzabo rappelle que les décisions qui y seront prises "leur seront imposées” comme à tous les autres Tchadiens.

En attendant, les propositions du comité ad hoc ne surprennent pas des membres de Wakit Tama comme Max Loanlgar, qui est l'un des porte-parole de la coalition.

"Pour Wakit Tama, la messe était dite dès les premiers jours, nous savions que le but était de maintenir la junte au pouvoir. Nous savions que les questions d'intérêt pour le peuple ne sont pas au centre des préoccupations de cette junte. Nous attendons de voir ce que le peuple nous dira" précise-t-il à la DW. 

Une partie de l'opposition et de la société civile, ainsi que des politico-militaires, ont en effet préféré ne pas participer au dialogue. Les arguments avancés par le comité ad hoc pour justifier ses propositions sont ainsi beaucoup critiquées.

Au micro de la DW, Bedoumra Kordjé, point focal d'un groupe des organisations signataires de la déclaration du 19 mai 2022 pour un dialogue national réussi, a estimé par exemple que "les dirigeants actuels de la transition ayant pris le pouvoir sans être élus, leur "inéligibilité (…) est une question de principe et la charte de l'Union africaine est très claire là-dessus parce que c'est un changement anticonstitutionnel."

Un cas particulier

Selon Jean Bernard Padaré, le secrétaire général et porte-parole de l'ancien parti au pouvoir, le MPS, aucun texte n'interdit aux membres de la transition de se présenter aux élections. 

Il estime par ailleurs que "les gens font la confusion avec les juntes qui sont au pouvoir au Mali, en Guinée et au Burkina Faso. Dans ces pays cités, les militaires ont fait des coups d'Etat contre des dirigeants élus". Il ajoute qu'"au Tchad, l'interruption de l'ordre constitutionnel était dû à un facteur inédit (...) Que ce soit des dispositions du droit interne ou bien de l'Union africaine, cette disposition n'est pas applicable au cas du Tchad.” 

Les opposants à l'actuel chef d'Etat Mahamat Idriss Déby Itno, fils de l'ancien président, estiment pourtant que s'il n'y a pas eu de coup d'Etat, le pouvoir tchadien reste détenu par une junte militaire qui n'est pas légitime. 

Le comité ad hoc a par ailleurs proposé un mandat de six ans pour le futur président élu, renouvelable une seule fois "sans possibilité de révision". 

 

Tchad : le dialogue national inclusif entre dans sa phase décisive

Par Le Point Afrique (Avec AFP) le 29/09/2022 à 11:00

PROPOSITIONS. La commission interne au dialogue national, chargée de plancher sur les sujets déterminants pour l’avenir du pays, a rendu sa copie.

C'est un moment très attendu dans le cadre du processus du dialogue national qu'a lancé le Tchad le 20 août dernier. En effet, les propositions de la commission interne au Dialogue de réconciliation nationale au Tchad sont déterminantes pour la vie politique du Tchad. Elle a rendu son verdict mercredi 28 septembre et proposé, en résumé, de prolonger de deux ans la transition vers des élections, de maintenir à la tête de l'État le chef de la junte militaire et de l'autoriser ensuite à briguer la présidence dans les urnes.

Ce Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) a été lancé laborieusement le 20 août, seize mois après que le jeune général Mahamat Idriss Déby Itno a été proclamé par l'armée président de la République au lendemain de la mort de son père, Idriss Déby Itno, tué en se rendant au front contre les rebelles.

À la tête d'un Conseil militaire de transition (CMT) de quinze généraux, il avait abrogé la Constitution, dissous le Parlement et limogé le gouvernement.

Mais il avait aussitôt promis de rendre le pouvoir aux civils par des élections « libres et démocratiques » après une « transition » de dix-huit mois, renouvelable une fois. Il s'était également ensuite engagé auprès des Tchadiens et de la communauté internationale, qui l'adoubait aussitôt, à ne pas se présenter à la future présidentielle.

À LIRE AUSSI Tchad : Mahamat, un autre Idriss Déby Itno ?

Une phase décisive pour le futur État tchadien

À deux jours de la clôture prévue du DNIS, une commission interne a donc proposé mercredi à des centaines de délégués d'adopter les résolutions suivantes : « renouveler la transition de vingt-quatre mois au maximum », « maintenir en fonction le président du CMT [Mahamat Déby, NDLR] qui devient le président de transition ». Mais, surtout, la commission propose que « tout Tchadien en général et les dirigeants de la transition en particulier soient électeurs et éligibles » dans deux ans.

En l'absence d'une grande majorité de l'opposition politique et des organisations de la société civile qui le boycottent, ainsi que de deux des trois groupes armés rebelles les plus puissants et les plus redoutés, il y a peu de chance que le DNIS rejette ces propositions.

Les applaudissements et les clameurs d'approbation soulevés dans l'immense salle abritant le DNIS à N'Djamena à la lecture de chaque proposition ne laissaient d'ailleurs guère de place au doute.

Mais un des responsables de l'organisation, sous le couvert de l'anonymat, a affirmé à l'AFP que le DNIS ne pourrait se clore comme prévu ce vendredi 30 septembre en raison de nombreux débats encore à tenir avant l'adoption de toutes les résolutions.

À LIRE AUSS Vincent Hugeux : « Le pouvoir absolu corrompt absolument »

Un dialogue qui continue de diviser les Tchadiens

Le 20 avril 2021, l'armée avait annoncé la mort du président Idriss Déby Itno, qui dirigeait d'une main de fer ce vaste pays d'Afrique centrale depuis trente ans. Elle nommait immédiatement un exécutif de « transition » de quinze généraux avec à sa tête le jeune général Mahamat Déby, 37 ans.

Quelques jours après ses promesses, ce dernier était adoubé en grande pompe aux obsèques de son père par les représentants de l'Union africaine (UA), de l'Union européenne (UE), dont la France, représentée par son président Emmanuel Macron, quand elles vilipendaient et sanctionnaient ailleurs en Afrique les militaires putschistes au Mali, au Burkina Faso, en Guinée et au Soudan.

L'armée tchadienne est le principal pilier régional, au côté de celle de la France, dans la guerre contre les djihadistes au Sahel.

La communauté internationale avait toutefois demandé à Mahamat Déby de ne pas prolonger la transition au-delà de dix-huit mois pour rendre le pouvoir aux civils, et de ne pas se présenter à la présidentielle ensuite.

Mais le chef de la junte avait porté en juin 2021 un premier coup de canif à ses promesses, en envisageant dix-huit mois de plus « si les Tchadiens ne parviennent pas à s'entendre » et en remettant son « destin » à « Dieu » sur une éventuelle candidature.

La commission interne a également proposé mercredi au DNIS un mandat de six ans pour le futur président élu, renouvelable une seule fois « sans possibilité de révision », même par référendum.

 

Dialogue national au Tchad: propositions de transition prolongée et d'éligibilité du chef de la junte

Mise à jour le 28 septembre 2022 à 21:00 par AFP © 2022 AFP

 

Une commission interne au Dialogue de réconciliation nationale au Tchad a proposé mercredi de prolonger de deux ans la transition vers des élections, maintenir à la tête de l'Etat le chef de la junte militaire et l'autoriser ensuite à briguer la présidence dans les urnes.

Ce Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) a été lancé laborieusement le 20 août, 16 mois après que le jeune général Mahamat Idriss Déby Itno eut été proclamé par l'armée président de la République au lendemain de la mort de son père, Idriss Déby Itno, tué en se rendant au front contre les rebelles.

A la tête d'un Conseil Militaire de Transition (CMT) de quinze généraux, il avait abrogé la Constitution, dissout le Parlement et limogé le gouvernement.

Mais il avait aussitôt promis de rendre le pouvoir aux civils par des élections "libres et démocratiques" après une "transition" de 18 mois renouvelable une fois.

Il s'était également ensuite engagé auprès des Tchadiens et de la communauté internationale, qui l'adoubait aussitôt, à ne pas se présenter à la future présidentielle.

A deux jours de la clôture prévue du DNIS, une commission interne a proposé mercredi à des centaines de délégués d'adopter les résolutions suivantes: "renouveler la transition de 24 mois au maximum", "maintenir en fonction le président du CMT (Mahamat Déby, ndlr) qui devient le président de Transition". Mais, surtout, la commission propose que "tout Tchadien en général et les dirigeants de la Transition en particulier soient électeurs et éligibles" dans deux ans.

En l'absence d'une grande majorité de l'opposition politique et des organisations de la société civile qui le boycottent, ainsi que de deux des trois groupes armés rebelles les plus puissants et les plus redoutés, il y a peu de chance que le DNIS rejette ces propositions.

Les applaudissements et clameurs d'approbation soulevés dans l'immense salle abritant le DNIS à N'Djamena à la lecture de chaque proposition ne laissaient d'ailleurs guère de place au doute.

Mais un des responsables de l'organisation, sous couvert de l'anonymat, a affirmé à l'AFP que le DNIS ne pourrait se clore comme prévu ce vendredi 30 septembre en raison de nombreux débats encore à tenir avant l'adoption de toutes les résolutions.

Le 20 avril 2021, l’armée avait annoncé la mort du président Idriss Déby Itno, qui dirigeait d’une main de fer ce vaste pays d’Afrique centrale depuis 30 ans. Elle nommait immédiatement un exécutif de "transition" de 15 généraux avec à sa tête le jeune général Mahamat Déby, 37 ans.

Quelques jours après ses promesses, ce dernier était adoubé en grande pompe aux obsèques de son père par les représentants de l’Union africaine (UA), de l’Union européenne (UE) dont la France représentée par son président Emmanuel Macron, quand elles vilipendaient et sanctionnaient ailleurs en Afrique les militaires putschistes au Mali, au Burkina Faso, en Guinée et au Soudan.

L'armée tchadienne est le principal pilier régional, au côté de celle de la France, dans la guerre contre les jihadistes au Sahel.

La communauté internationale avait toutefois demandé à Mahamat Déby de ne pas prolonger la transition au-delà de 18 mois pour rendre le pouvoir aux civils, et de ne pas se présenter à la présidentielle ensuite.

Mais le chef de la junte avait porté en juin 2021 un premier coup de canif à ses promesses, en envisageant 18 mois de plus "si les Tchadiens ne parviennent pas à s’entendre" et en remettant son "destin" à "Dieu" sur une éventuelle candidature.

La commission interne a également proposé mercredi au DNIS un mandat de six ans pour le futur président élu, renouvelable une seule fois "sans possibilité de révision", même par référendum.

 

Comité ad hoc Tchad: l'heure des débats a commencé

https://www.rfi.fr/ Publié le 30/09/2022 - 11:19 Avec notre correspondant à Ndjamena, Esdras Ndikumana

Après la présentation mercredi 28 septembre par un comité ad hoc de propositions sur la forme de l’État ou l’éligibilité de Mahamat Idriss Déby Itno, c’est l’heure des débats depuis jeudi. Premiers à prendre la parole, quelque 150 hommes et femmes politiques qui se sont succédé au micro pendant six heures. Et contrairement à ce que certains craignaient pour des sujets aussi clivants, tout s’est déroulé dans la discipline et l’écoute.

Chaque intervenant a pu, pendant trois minutes, exprimer sa position par rapport aux propositions du comité ad hoc, souvent dans un silence quasi-religieux, ponctué de temps en temps par quelques applaudissements de ceux qui défendent les mêmes idées. Certains n’ont pas caché l’admiration qu’ils vouent au chef de la junte militaire au pouvoir aujourd’hui. 

Comme ce leader d’un petit parti de la mouvance présidentielle : « Permettez-moi de remercier le général d'armée, Mahamat Idriss Déby Itno, pour avoir assuré la continuité et la sécurité de l'État. AFR soutient la candidature du président du conseil militaire des transitions à l'élection présidentielle. »

D’autres n’ont pas eu assez de mots pour dire tout le mal qu’ils pensent des 30 années de pouvoir du président Idriss Deby. Ils se disent farouchement opposés à ce que le fils se présente aux prochaines élections post-transition : « Voulez-vous qu'on recommence avec ça ? Maréchal pendant 30 ans, les gens ne l'ont pas aidé et voilà malheureusement comment il a terminé. Maintenant, vous voulez reprendre cela pour que le jeune président qui peut nous aider demain termine par cette mauvaise face ? »

Autre question qui divise le pays, celui de la forme de l’État. Des voix plus modérées ont expliqué que la véritable solution aux problèmes du Tchad ne passe pas par un État fortement décentralisé ou une fédération : « Nous parlons de la refondation de l'État tchadien, nous devons nous unir, afin de penser nos mots et améliorer la gouvernance, et réduire les inégalités sociales, créées par l'injustice. »

Entretemps, le président d’un petit parti a claqué la porte du Dialogue national en dénonçant un processus verrouillé par les tenants du pouvoir, notamment par des dessous de table, dans l’indifférence générale.

 

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