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La junte militaire au pouvoir au Burkina renversée par d’autres putschistes

Lu pour vous

 

By La rédaction de Mondafrique 1 octobre 2022

 

Mutinerie? Ou coup d’état? La situation qui restait encore confuse au Burkina le vendredi 30 septembre tôt commence à se clarifier. Le chef de la junte qui avait pris le pouvoir en janvier 2022 a été démis de ses fonctions. C’est son échec qui est aujourd’hui sanctionné alors qu’il avait juré  grands dieux qu’il ferait mieux que l’ex président Kaboré. Neuf mois après la prise du pouvoir,  la situation sécuritaire est pire que jamais, mais les officiers mènent grand train. Quant aux soldats du rang, ils broient du noir et s’impatientent…Ce qui explique le nouveau coup d’état, alors que le Burkina Faso est devenu l’épicentre du terrorisme sahélien

Longtemps, le Mali a été considéré comme le cœur de la guerre en cours au Sahel. Désormais, le Burkina Faso hérite de la première place. Selon la base de données d’Acled, en 2021, le nombre annuel de décès dus aux groupes armés a dépassé celui du Mali pour la deuxième fois en trois ans. Sauf miracle, l’année 2022 ne sera pas meilleure, tant les attaques continuent à être nombreuses et meurtrières. Pour le seul mois d’avril 2022, Acled en a recensé 240 dont 108 contre des civils.

Au cours du dernier week-end, des djihadistes ont attaqué le détachement de la gendarmerie de Seytenga, une ville située dans l’est du pays, proche de la frontière avec le Niger. Le bilan officiel fait état de 11 gendarmes tués, des blessés, des disparus et des dégâts matériels importants.

Dans la foulée, les militaires épargnés ont déserté la zone et ont laissé les populations seules face à leur sort. Ce qui devait arriver, arriva: deux jours, plus tard, le même groupe armé est revenu et a massacré froidement des civils.

Les premières informations circulant sur les réseaux sociaux annonçaient 116 victimes y compris des femmes et des enfants. Le porte-parole du gouvernement évoque, lui, parle de 50 personnes décédées. Si le bilan annoncé par les internautes est réel, ce serait le pire drame enregistré depuis le massacre de Solhan ou 160 personnes avaient péri en juin 2021. Toujours pendant ce même week-end, une autre attaque a eu lieu, dans la région du Centre Nord, à Bourganza, et on dénombre au moins six victimes. 

Un pays en voie de faillite

Les chiffres reflètent la tragédie que vit ce pays menacé dans son existence même. Pourtant, il semble que le colonel Paul Henri Damiba et ses frères d’armes n’en prennent pas la mesure. Ils ont arraché le pouvoir aux mains de Roch Marc Christian Kaboré, accusé d’incompétence, mais ils se montrent tout aussi incapables que leur prédécesseur. Comment pourraient-ils faire mieux ?  Ils n’ont pas fait le nécessaire travail d’analyse, ne se sont pas interrogés sur les raisons qui ont conduit à ces échecs patents. Ils n’ont pas remis en cause les Koglweogos et s’appuient sur les Volontaires pour la Défense de la Patrie, deux groupes d’autodéfense qui commettent des exactions contre les civils, notamment les Peuls. Ils n’ont pas revu les dysfonctionnements de l’armée, n’ont pas amélioré les conditions des soldats qui s’attendaient pourtant à de profonds changements avec des militaires au pouvoir. Mieux, alors que les Burkinabè voient leur pouvoir d’achat divisé par deux, les nouvelles autorités, qui n’ont d’autre légitimité que celle qu’elles se sont octroyée, ont augmenté leurs salaires ! Les officiers mènent la grande vie et roulent dans des 4/4 de luxe flambant neuf pendant que le gros de la troupe se désespère. Un source sécuritaire burkinabè a confié à Mondafrique « ça commence vraiment à grogner dans les rangs. Damiba a pris la grosse tête, lui et ses amis se sont déjà embourgeoisés, leur seul souci c’est de garder le pouvoir. »

Pendant ce temps, les populations de Seytenga viennent grossir les rangs des déplacés déjà nombreux qui sont livrés à la merci des dons des ONG. Les réfugiés dans les camps ou aux abords des grandes villes ne peuvent plus cultiver, il y aura donc moins de récoltes cette année, les prix des aliments de base flambent… La spirale infernale est enclenchée.

Deux poids, deux mesures

Le 1er avril, devant le mécontentement de ses compatriotes, le colonel Paul-Henri Damiba, leur a demandé d’être patient et d’attendre cinq mois avant de faire le bilan de situation sécuritaire. Au vu des événements, il n’est pas certain que ses concitoyens attendent tranquillement jusqu’en septembre. Cela risque de devenir de plus en plus difficile pour ce gouvernement et ce pour deux raisons. D’une part, contrairement aux coups d’Etat de Guinée ou du Mali, les Burkinabè n’ont pas applaudi le coup d’Etat, ils l’ont accepté du bout des lèvres, compte tenu des échecs de Roch Marc Christian Kaboré, mais ils sont restés dans l’expectative. D’autre part, la junte ne peut pas se cacher derrière les sanctions prises en son encontre, de la même manière que son homologue malienne. La communauté internationale dans son ensemble a accepté le putsch avec une bienveillance étonnante. La CEDEAO et l’Union africaine n’ont pris aucune mesure discriminante contre Ouagadougou, hormis celle inscrite dans leurs statuts, de suspendre le pays de leur organisation respective. Paul Henri Damiba a osé demander une transition de 36 mois, sans que cela ne soulève un tollé à Accra ou à Abidjan. Même la demande d’assouplissement de la mise en résidence surveillée de l’ancien président se fait de manière discrète, très loin des admonestations presque quotidiennes que subit la junte malienne.

En conclusion, il n’est pas certain que la population qui avait placé quelques espoirs dans cette transition soit aussi « amicale » que la CEDEAO. Si les putschistes continuent sur leur lancée sans donner un signal fort de changement, la population pourrait demander des comptes dans la rue. Compte tenu des mouvements d’humeur au sein de la troupe, il ne serait pas impossible non plus, qu’ils partent de la même manière qu’ils sont arrivés.

 

Burkina: le lieutenant-colonel Damiba, éphémère chef des putschistes

Par AFP Publié le 30.09.2022 à 23h44

Renversé vendredi par des militaires, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba n'aura passé que huit mois à la tête du Burkina Faso, rapidement rattrapé par les attaques jihadistes qui n'ont pas faibli dans le nord et l'est du pays.

Ce soldat de terrain, spécialiste de la lutte antijihadiste, avait assuré faire de la sécurité sa priorité.

Régulièrement, après les attaques les plus meurtrières, il se rendait auprès des soldats ou des populations endeuillées, appelant "à continuer le combat" face aux groupes armés liés à Al-Qaïda et à l'Etat islamique.

Le 12 septembre dernier, il avait limogé son ministre de la Défense et choisi d'assumer lui-même ces fonctions.

Pendant ses huit mois à la tête du Burkina Faso, il a tenté de lancer un processus de dialogue avec certains groupes armés, via des leaders religieux et coutumiers, tout en intensifiant les "actions offensives de l'armée".

Mais comme son prédécesseur, Roch Marc Christian Kaboré, qu'il avait renversé, la dégradation de la situation sécuritaire l'a poussé vers la sortie.

Âgé de 41 ans, il est l'auteur d'un livre intitulé "Armées ouest-africaines et terrorisme: réponses incertaines?", dans lequel il se montre critique envers les politiques antijihadistes menées dans une région minée par les violences depuis près d'une décennie.

Il y déplore des armées locales trop faibles, aux "tares rédhibitoires", et des partenaires occidentaux "nécessaires" mais "cachottiers".

"C'est l'exemple d'un bon militaire, un bon commandant rigoureux qui est monté au front avec ses hommes", assure une source militaire, qui salue aussi son "dévouement".

- "Des choses dans la tête" -

Le lieutenant-colonel Damiba a été formé à l'Académie militaire Georges Namoano de Po, dans le sud du Burkina Faso, dont la majorité des anciens pensionnaires a servi au sein du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) l'ex-garde rapprochée de Blaise Compaoré, président durant 27 ans, renversé en 2014 après une vague de manifestations.

Damiba a lui-même été commandant de compagnie au RSP de 2003 à 2011, ce qui ne l'avait pas empêché de s'opposer à la tentative de coup d'Etat fomentée en 2015, contre les autorités de transition d'alors, par le général Gilbert Diendéré, proche de Blaise Compaoré.

C'est en tant que chef de corps de régiment qu'il a eu le plus à combattre les groupes armés jihadistes du pays, de 2019 à 2021.

Après le massacre en novembre 2021 à Inata (nord) de 53 gendarmes laissés à eux-mêmes, qui avait provoqué un électrochoc au sein des forces armées, il a été nommé commandant à Ouagadougou de la 3e zone militaire couvrant l'est du pays, à la faveur d'un vaste changement des chefs militaires opéré par le président Kaboré.

Le nouvel homme fort du Burkina est également diplômé de l'Ecole militaire de Paris.

"Il fait partie des élites mais a obtenu des résultats sur le terrain, il a dirigé et commandé un certain nombre d’unités", estime l'analyste politique burkinabè Oumarou Paul Koalaga, qui ajoute au sujet de la junte: "Ce sont des officiers avec des choses dans la tête".

 

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