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Charles Malinas: «Il fallait laisser Sangaris pour la cohésion sécuritaire et le développement de l’action politique» en Centrafrique

INVITÉ AFRIQUE

Charles Malinas: «Il fallait laisser Sangaris pour la cohésion sécuritaire et le développement de l’action politique» en Centrafrique

Publié le 20/10/2022 - 07:20 Par :François Mazet

Charles Malinas, ancien ambassadeur de France en Centrafrique entre 2013 et 2016 au moment de l’opération Sangaris, vient de publier « Un intermède centrafricain » (L'Harmattan), le récit de ses années dans un pays en pleine crise. Il déplore encore le départ précipité de la France, au moment où la RCA se relevait. Un départ qui a ouvert la porte à la Russie. Il est notre invité.

Vous n'étiez pas un spécialiste de l'Afrique au sein du Quai d'Orsay, pourtant vous arrivez à Bangui le 3 décembre 2013, dans quel état se retrouve la RCA, et qu'est-ce que vous vous dites à ce moment-là ?

Alors la RCA se trouve dans une situation de guerre civile, et Bangui plus particulièrement est une ville déserte dans laquelle des exactions sont commises par les Selekas. Ce que je me dis, c'est que je m'interroge sur ce qu'il va être possible de faire. Tout est par terre, l'offensive des anti-balakas va totalement faire exploser la situation et mettre la force française dans une situation immédiate de contact avec les deux partis en présence.

Alors au moment où vous arrivez à Bangui, Sangaris n'est pas forcément la bienvenue, ni pour la Seleka qui tient Bangui, ni pour les anti-balaka qui tentent de reprendre la capitale ?

Alors Sangaris n'est pas bienvenue pour la Seleka, ça, c'est clair, pour les anti-balaka au début, ils pensaient que si, finalement, ils ont très vite vu que ce n'était pas le cas, et donc Sangaris c'était malvenu pour les belligérants. En revanche, Sangaris et toute l'action que la force a menée d'apaisement a été salué par la population, par les autorités religieuses, par les corps intermédiaires.   

Alors, vous allez suivre la transition politique qui se met en œuvre, qui va durer jusqu'en 2016, quel bilan tirez-vous de cette phase transitoire ?

Le premier point essentiel, c'est que nous n'avons pas décidé à la place des autorités centrafricaines. C'est-à-dire que nous avons aidé les autorités centrafricaines de la seconde transition à faire ce qu'elles souhaitaient faire, ça n'a pas été simple, on n'a pas toujours été d'accord, mais l'essentiel, c'est que les décisions ont été prises par les Centrafricains. Et puis le deuxième bilan que je tire, c'est qu'au total la mission a été accomplie, par Sangaris, et par la communauté internationale, si vous voulez, lorsque le président Touadéra est élu au début de l'année 2016, la mission est accomplie.

Vous dites que vous avez été dans une logique d'accompagnement, pourtant certains vous prêtent une influence beaucoup plus forte que ça, et quelques-uns vous appelaient le gouverneur de Bangui...

Oui, on m'a aussi appelé Malinas Premier, l'Empereur... Pourquoi est-ce que je dis qu'on a respecté les choses ? Parce que vous voyez, lorsque la présidente centrafricaine, madame Samba-Panza, change de Premier ministre, elle a deux personnes en tête. L'une des deux personnes avait l'oreille de certains responsables français, nous n'avons pas dit, en tout cas, je n'ai pas dit moi ambassadeur de France à madame Samba-Panza, "vous devriez choisir monsieur Mekassoua", je lui dis "vous choisissez qui vous voulez, c'est votre responsabilité, et on vous aidera."

Votre départ en 2016, c'est aussi le début du désengagement de la France, vous soulignez une grave erreur d'appréciation qui a été faite, vous écrivez « la France a enlevé l'échafaudage qui soutenait la voute pendant sa construction » ?

C'est exactement ce qui s'est passé. C'est-à-dire que nous étions en train de construire la voute, nous avions d'ailleurs, quand je dis "nous" c'est le président François Hollande, lorsqu'il a reçu le président Touadéra, il lui a promis que nous continuerions de l'aider, peu de temps après la France décide de retirer Sangaris, c'est-à-dire que nous retirons ce qui permettait la cohésion sécuritaire qui autorisait le développement de l'action politique. Mais nous savions très bien, nous qui étions sur place, que la force des Nations unies était totalement incapable d'assurer ce rôle. Il fallait absolument la laisser, je me suis battu jusqu'au bout pour qu'elle reste, et c'est un combat que je n'ai pas gagné. L'aspect budgétaire joue, puisque Sangaris coutait relativement cher, et puis le fait que Sahel mobilisait énormément de force, c'est une réalité, mais aussi parce que la Centrafrique, c'était un peu l'idée que ça retourne toujours dans les mêmes difficultés, et ça, c'est une vision complètement fausse des choses parce que précisément la Centrafrique était sortie de la grosse difficulté pour se mettre à se reconstruire. C'est donc une appréciation complètement inexacte qui a été celle qui a primé à Paris.

On peut dire que Paris a fait la courte échelle à Moscou ?

C'est ce que j'écris effectivement, nous l'avons fait sans doute sans le faire exprès. Eux, ils en ont profité parce qu'ils ont une vision stratégique et mondiale des choses, et que ça leur donnait la possibilité de revenir en Afrique, et d'ailleurs, on le voit aujourd'hui avec leur progression au Mali, au Burkina Faso, et peut-être demain ailleurs, je ne le souhaite pas, mais je crains que ça se produise. 

 

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