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La Communauté catholique de Sant'Egidio, un allié pour Emmanuel Macron en Afrique ?

 

 

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La Communauté catholique de Sant'Egidio, un allié pour Emmanuel Macron en Afrique ?


https://www.france24.com/  Publié le 22/10/2022 - 13:51 Benjamin DODMAN

 

Emmanuel Macron, qui rencontrera le pape François lundi 24 octobre, au deuxième jour de sa visite en Italie, va assister à l'ouverture du sommet annuel de la paix de la Communauté de Sant'Egidio. Il sera aux côtés des présidents italien, Sergio Mattarella, et nigérien, Mohamed Bazoum. Le président français cherchera aussi à éviter Giorgia Meloni et les dirigeants italiens d'extrême droite, lesquels dirigent le nouveau gouvernement italien.

Le rassemblement, auquel doit également assister le grand rabbin de France, Haïm Korsia, sera la dernière étape d'une série de rencontres entre le chef d'État français et les dirigeants de l'organisation caritative catholique, parfois surnommée les "Nations unies du Trastevere" – du nom d'un quartier de Rome – pour ses efforts visant à apaiser les conflits dans le monde.

Au moment où il a annoncé le programme de l'événement plus tôt ce mois-ci, Marco Impagliazzo, le chef de Sant'Egidio, a salué les points de vue d'Emmanuel Macron sur la coopération européenne et les relations avec l'Afrique. Il a également défendu la décision du président français de maintenir un dialogue avec Moscou, alors que la guerre en Ukraine fait rage.

France 24 s'est entretenu avec Odon Vallet, historien des religions, à propos des affinités d'Emmanuel Macron avec la Communauté de Sant'Egidio et sur l'importance de son voyage à Rome, où la coalition des droites menée par le parti Fratelli d'Italia, aux racines néofascistes, vient de former un nouveau gouvernement.

 

France 24 : Comment expliquer l'affinité entre le président français et la Communauté de Sant'Egidio ?

Odon Vallet : Cette communauté a été créée en 1968 à Rome. C'est l'année où des communautés catholiques ont été créées dans le but d'allier l'Église aux forces progressistes, tout en combattant les soixante-huitards athées : aux États-Unis, les opposants à la guerre au Vietnam, en France, ceux qui participaient aux événements de Mai-68. En Italie, on craignait une déchristianisation.

Sant'Egidio, c'est un peu comme l'abbé Pierre : la communauté est présente dans toute la philanthropie, la charité, le combat pour la paix. Elle mériterait certainement le prix Nobel de la paix même si elle ne connaît pas le succès partout, loin de là. Ce qui ne peut qu'encourager le président français à avoir des bonnes relations avec elle et aussi avec le pape François, qui vit sans doute ses derniers mois.

Mais Sant'Egidio, ça dit quelque chose aussi aux Français. Il faut savoir que, depuis quelques mois, ils sont les animateurs de la paroisse de Saint-Merry, au centre de Paris. Et aujourd'hui, un certain nombre de projets de loi et de thèmes, du type euthanasie et avortement, sont en train de choquer une partie des Français et une autre partie pas du tout. Les catholiques français sont divisés sur ces questions. N'oublions pas que quand Emmanuel Macron a été élu, il est allé très rapidement au Collège des Bernardins. C'était l'euphorie parmi les catholiques français, et puis, quelques mois plus tard, l'euphorie est retombée. Il y a eu plein de conflits. Une communauté comme Sant'Egidio, ce sont des gens qui vont assez bien dans le sens de ce que souhaite Emmanuel Macron.

Ajoutons un dernier point : ils sont très présents sur les cinq continents mais surtout en Afrique. Or, vous le savez, aujourd'hui la France est parfois mal vue en Afrique.

En quoi Sant'Egidio peut-elle aider la France en Afrique ?

Il y a en Afrique un sentiment anti-Français, pas partagé par tout le monde, mais qui est quand même très présent. Moi qui suis beaucoup au Bénin, je peux vous dire que c'est un énorme problème pour la république française. Surtout que (le président russe Vladimir) Poutine fait tout ce qu'il peut pour gêner la France en Afrique avec les commandos Wagner. Je pense qu'Emmanuel Macron se dit, au fond : 'Je suis un peu en Afrique avec Sant'Egidio, c'est le contraire de Wagner et Wagner fait des misères à la France'.

En somme, avoir des relations avec une communauté qu'on aurait appelée autrefois catholique de gauche, et qui n'est pas du tout défavorable à la France, c'est pour le chef de l'État une démarche positive, étant donné qu'Emmanuel Macron a besoin de rompre les relations entre droite dure et extrême droite, et aussi d'avoir des relations avec des gens qui sont très présents en Afrique.

Emmanuel Macron était proche du chef de gouvernement sortant, Mario Draghi. Pourquoi ne pas saisir l'occasion pour rencontrer sa successeure, Giorgia Meloni ?

Emmanuel Macron ne veut pas rencontrer les prochains dirigeants italiens puisque, depuis la récente élection, il y a toute une équipe qui est de droite dure, voire d'extrême droite. Or, la crainte d'Emmanuel Macron, c'est qu'en voyant un chef de gouvernement qui soit totalement incompatible avec ce qu'il souhaite pour la France, on lui dise 'Eh bien, pourquoi ne pas avoir un Eric Zemmour et une Marine Le Pen avec éventuellement quelques dirigeants des Républicains ?'. Ce mélange de droite dure et d'extrême droite serait ce qu'il y a de pire.

Par contre, il est tout à fait intéressé par le Vatican pour au moins deux raisons. La première, c'est que le pape François n'est pas éternel, que c'est quelqu'un dont il se sent assez proche. Et puis, il y a Sant'Egidio.

La communauté de Sant'Egidio est très active dans l'aide aux migrants. Sont-ils sur la même longueur d'onde avec Macron ?

Les migrants, c'est capital parce que l'Italie est le pays qui en a accueillis le plus, venant d'Afrique, et parce que la question de leur accueil est un vrai problème aussi en France. Aujourd'hui, il y a le contexte affreux de l'affaire Lola, mais il y a surtout des migrants en situation parfois irrégulière qui sont parfaitement pacifiques et sans lesquels notre société ne fonctionnerait pas.

Le pourcentage de catholiques, souvent pratiquants, ayant voté pour Marine le Pen est égal à la proportion française. C'est-à-dire qu'un quart des catholiques votent pour l'extrême droite, et ça, ça ennuie beaucoup Macron. Parce que ça voudrait dire que quelque part, il y a un vrai risque de voir les responsables catholiques, y compris l'épiscopat, non pas se rallier à l'extrême droite, mais ne plus y être totalement opposés avec la clarté, par exemple, d'un pape François.

Ce que le président souhaite dire sur l'immigration, c'est que la France est un pays accueillant mais pas à n'importe quelles conditions. Emmanuel Macron a le souci de ne pas laisser la France aux mains de l'extrême droite puisque c'est son deuxième et dernier mandat. Il se dit : 'Je voudrais laisser une atmosphère amicale entre ceux qui habitent en France, qu'ils soient Français ou pas'. Et pour cela, il a besoin de renouer avec quelque chose d'universel – c'est le sens du mot 'catholique' – dans le domaine des relations cordiales.

 

 



Sant’Egidio : ces catholiques qui dialoguent avec les seigneurs de guerre et les chefs d’Etat

Par Bénédicte Lutaud (avec Gaétan Supertino)

Alors que le pape François et Emmanuel Macron feront partie des nombreux invités du sommet interreligieux en faveur de la paix organisé, dimanche 23 et lundi 24 octobre, à Rome par Sant’Egidio, zoom sur l’histoire de cette discrète communauté de laïcs catholiques qui s’est forgé une réputation de médiateur dans les conflits internationaux.

Dans le patio d’un ancien monastère romain, à l’ombre de bananiers, les chefs d’une guérilla africaine boivent le café. Au mur, une plaque de rue présage de leur objectif commun : rue de la Paix. Nous sommes en juillet 1990, et des négociations inédites entre rebelles de la Renamo (résistance nationale du Mozambique) et membres du Frelimo (Front de libération du Mozambique), qui s’affrontent depuis treize ans, viennent de s’ouvrir.

Ce paisible décor n’est autre que le siège de Sant’Egidio : une fraternité de laïcs catholiques que les deux camps ont choisie comme médiatrice de leurs pourparlers. Le 4 octobre 1992, ils signeront à Rome un accord de paix historique. Dès lors, la communauté multiplie les missions de médiation dans le monde entier : Guatemala, Algérie, Balkans, Burundi, Liberia, etc. Celle qu’on surnomme parfois « ONU du Trastevere », du nom du quartier romain où elle est née, est aussi bien sollicitée par les seigneurs de guerre que par les chefs d’Etat.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « La diplomatie de François s’inscrit dans l’attitude de neutralité et d’affirmation de la paix »

Sant’Egidio, des bidonvilles aux relations internationales

Cette renommée s’appuie sur un savoir-faire inédit dans la diplomatie, jugé « artisanal » (casareccio). Place Sant’Egidio, les touristes ne remarquent pas les militaires plantés devant leur petite église.

C’est en 1968 que le fils d’un banquier, Andrea Riccardi, et un groupe d’étudiants s’inspirant de Vatican II créent la communauté, qui compte aujourd’hui 60 000 membres. Après avoir débuté en œuvrant dans des bidonvilles romains auprès des réfugiés, de personnes en situation de handicap et de personnes âgées, les bénévoles créent des antennes à l’international et s’improvisent, peu à peu, « faiseurs de paix ».

« Nous n’avons pas voulu jouer aux diplomates, mais, face à l’horreur de la guerre, nous avons senti la responsabilité d’agir », explique Andrea Riccardi. « La guerre est la mère de toutes les pauvretés », répète-t-il à la façon d’un mantra. Sant’Egidio a su transformer ses faiblesses en force : puisqu’elle n’est pas une puissance armée, économique ou politique, elle n’a d’autre intérêt que la paix.

C’est ainsi que l’ONG gagne, au fil du temps, la confiance de ses interlocuteurs. « Sant’Egidio n’a pas d’agenda caché, n’a pas de salariés à payer : de cette manière les parties doivent totalement s’impliquer », souligne Mario Giro, ancien ministre italien (centre gauche) et acteur « tout-terrain » de la communauté. Contrairement à la diplomatie officielle qui peut céder à la pression du calendrier politique ou des médias, une ONG a tout son temps.

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