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Vers un référendum constitutionnel en Centrafrique: réactions contrastées de la classe politique

 

https://www.rfi.fr/fr/ Publié le 22/01/2023 - 08:16

En Centrafrique, la cour constitutionnelle a déclaré vendredi 20 janvier conforme à la Constitution la loi relative à l'organisation des référendums votée le 28 décembre dernier par les députés. Réactions contrastées à Bangui entre soutiens du pouvoir et opposition au président Touadéra.   

La cour avait été saisie par le président Touadéra lui-même pour un contrôle de constitutionnalité. Il est donc autorisé à promulguer ce texte qui ouvre la voie à l'organisation d'un référendum constitutionnel. Rappelons qu'en septembre dernier, la cour s'était opposée au processus d'écriture d'une nouvelle loi fondamentale. Fin octobre, la présidente de l'institution Danièle Darlan avait été mise à la retraite d'office.

► À lire aussi En Centrafrique, l'Assemblée nationale encadre l’organisation des référendums

 

Si pour les partisans du président Faustin Archange Touadéra, cette nouvelle décision de la Cour est un pas de plus vers une nouvelle Constitution qu'ils souhaitent, pour ses opposants, c'est un coup de plus porté aux institutions.

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Vite un référendum pour Héritier Doneng

Héritier Doneng, président du Front républicain, mouvement qui soutient le chef de l'État, affiche sa satisfaction. Il faut maintenant vite organiser un référendum, explique-t-il, joint par Amélie Tulet, de la rédaction Afrique. 

« Nous sommes impatients que ce référendum ait lieu dans de brefs délais. Nous voulons que ce référendum ait lieu d’ici même le mois de mars. Il faut que ce référendum ait lieu, ça va nous permettre de procéder aux réformes institutionnelles et de donner la chance à tous les Centrafricains de participer pleinement à ce processus et que le pays soit dans l’état que nous avons toujours souhaité. Cette réforme constitutionnelle n’a que pour objectif de parvenir à un avenir radieux de la République centrafricaine, et non des ambitions politiques. Pour nous, nous avons dit que cette Constitution ne cadre plus avec nos réalités économiques, c’est une Constitution caduque, c’est une Constitution discriminatoire. Le peuple aujourd’hui a confiance dans cette réforme constitutionnelle, le peuple est prêt aux réformes et à aller aux urnes pour exprimer ses intentions. »

La cour constitutionnelle actuelle est « illégitime » pour Martin Ziguélé 

Pour la coalition BRDC (pour Bloc républicain pour la défense de la Constitution) en revanche, cette décision de la cour constitutionnelle est sans valeur. Pour le député Martin Ziguélé, porte-parole du BRDC, depuis que la présidente de la Cour, Danièle Darlan, a été mise à la retraite d'office en octobre, la Cour constitutionnelle actuelle n'est plus légitime, elle est « aux ordres » du président Touadéra, explique t-il au micro de Amélie Tulet.

« Pour nous, la Cour constitutionnelle est illégitime, tous les actes qu’elle posera pour nous sont des actes illégitimes. Aucun référendum ne se fera sans que le BRDC s’y oppose et l’ensemble des partis et associations. Nous expliquerons au peuple centrafricain qu’il faut dire « non » : un État, c’est le droit, un État c’est la justice et l’État c’est le respect de la Constitution. Nous ne pouvons pas cautionner une démarche qui tend à remettre en cause la hiérarchie des normes dans notre pays. C’est une démarche antidémocratique que nous ne pouvons que combattre. C’est le président Touadéra qui veut la modification de la Constitution pour obtenir un troisième mandat, c’est le but de la démarche ! Ce que nous allons faire : nous allons continuer à mobiliser la population parce que nous ne sommes pas tout simplement en 1979 où, avec la dictature de Bokassa, il faisait passer tout ce qu’il voulait. »

 

 

REFERENDUM CONSTITUTIONNEL EN RCA : L’archange Touadéra se cramera-t-il les ailes ?

https://lepays.bf/  23-01-2023

Après moult tractations, la Cour constitutionnelle centrafricaine, saisie par le président Faustin Archange Touadéra pour un contrôle de constitutionnalité, a fini par autoriser la promulgation de la loi relative à l’organisation d’un référendum, votée par les députés le 28 décembre dernier. Cette décision ouvre la voie à l’organisation d’un référendum constitutionnel. Il convient de rappeler cependant que cette même Cour avait opposé une fin de non-recevoir au processus d’écriture d’une nouvelle loi fondamentale, pas plus tard qu’en septembre dernier. Cette défiance de la Cour constitutionnelle vis-à-vis du prince régnant, avait valu, en fin octobre dernier, la mise à la retraite d’office, de la présidente de l’institution, Danièle Darlan, mettant ainsi fin à l’illusion d’un pouvoir démocratique en République centrafricaine.  L’on peut donc dire que Touadéra, malgré un chemin quelque peu parsemé d’embûches, est parvenu à ses fins. L’homme rêve d’un troisième mandat et il vient ainsi de se frayer, dans la forêt équatoriale centrafricaine, un boulevard pour y parvenir et cela, au grand bonheur de ses partisans.

 

Touadéra joue avec le feu

 

Qu’est-ce qui rend le président Touadéra si hardi malgré l’opposition à son projet, de bon nombre de ses compatriotes et dans un contexte sécuritaire fait des cendres encore fumantes de la guerre civile dans son pays ?

La réponse à cette interrogation se trouve sans doute dans ses victoires militaires. En effet, grâce à l’action du groupe de mercenaires russes Wagner dont les méthodes sont pourtant controversées, l’homme est parvenu à stabiliser le front, réduisant les bandes armées à un faible niveau de nocivité quand tout simplement leurs chefs n’ont pas été contraints à la clandestinité ou à l’exil. Fort de ce résultat, Touadéra se croit investi d’un destin messianique, allant même jusqu’à faire croire au naufrage du navire centrafricain s’il venait à quitter la cabine de pilotage. Sans doute aussi que sous l’influence russe, l’homme est subjugué par le modèle Poutine qui, on le sait, s’est aménagé une Constitution au service de ses intérêts personnels. La dernière modification de la loi fondamentale en Russie, ratifiée en mars dernier, permet, en effet, à Vladimir Poutine, de rester au pouvoir jusqu’en 2036. Elle lui garantit également l’immunité à vie et cela a de quoi faire des émules dans les Etats africains qui sont passés sous le giron russe.  Mais quelles que soient les motivations du Chef de l’Etat centrafricain qui, sans nul doute, pense avoir réussi le plus difficile en franchissant l’étape de la Cour constitutionnelle, l’on peut se demander s’il échappera au destin bien connu de bon nombre de tripatouilleurs constitutionnels en Afrique.

Rien n’est moins sûr. Car, les mêmes causes produisent bien souvent les mêmes effets et ce n’est sans doute pas Blaise Compaoré ou Alpha Condé qui diront le contraire. En tout cas, l’opposition centrafricaine n’entend pas laisser Touedéra manœuvrer à sa guise.

 

Touadéra joue avec le feu

 

En effet, depuis juillet 2022, il s’est constitué, à Bangui, un bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC). L’objectif des 20 partis politiques et organisations de la société civile signataires du manifeste de ce mouvement de l’opposition, est, on ne peut plus clair : “défendre la Constitution du 30 mars 2016 et faire échec à la tentation d’une présidence autocratique à vie”. A l’action de ces partis politiques, il faudra sans nul doute ajouter l’opposition des groupes armés qui pourraient connaître un regain d’activité avec ce passage en force que tente d’opérer Touadéra. Cette éventualité est d’autant plus forte que certains des supposés parrains de ces groupes armés, courent toujours et que des tensions sont apparues entre les autorités centrafricaines et leurs protecteurs du groupe Wagner. Ce qui avait valu, entre autres raisons, le limogeage de l’ancien Premier ministre, Henri-Marie Dondra, en février 2022. Mais l’on peut parier qu’il en faudra plus pour faire plier l’Archange centrafricain qui, visiblement, s’est noyé dans les eaux saumâtres des dictatures de l’Afrique centrale où sommeillent les plus vieux sauriens comme Paul Biya du Cameroun, Denis Sassou Nguesso du Congo, Yoweri Museveni de l’Ouganda, pour ne citer que ceux-là. Ce n’est donc pas sur la Communauté Economique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) qu’il faut compter pour faire lâcher prise à Touadéra.

Il ne reste plus aux Centrafricains qu’à s’assumer en faisant échec au projet de pouvoir à vie du président Touadéra. Car, c’est leur destin qui est  en jeu. C’est en cela que l’on peut dire que Touadéra joue avec le feu. Les possibilités d’un scénario-catastrophe sont nombreuses : soulèvement populaire, coup d’Etat et l’on peut même craindre le pire. Mais le scénario le plus démocratique serait le rejet, par les urnes, du rêve de Touadéra pour peu que le scrutin soit démocratique et transparent. Cela dit, l’on peut tout de même regretter que l’arrivée de Faustin Archange Touadéra qui avait quelque peu fait consensus en Centrafrique, aboutisse finalement à une plus grande division des Centrafricains. Mais ne dit-on pas que « le pouvoir ne change pas l’homme, mais il révèle sa véritable nature » ? S’étant revêtu de la peau de l’agneau, le loup s’est introduit dans la bergerie en trompant la vigilance des Centrafricains qui ne peuvent véritablement s’en prendre qu’à eux-mêmes car ayant le plus souvent mis plus l’accent sur ce qui les divise que sur ce qui les unit.

 

« Le Pays »

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