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Lu pour vous : INVESTITURE DE DEBY : Le requiem de la démocratie

 

http://lepays.bf/  07 août 2016

C’est en principe aujourd’hui, 8 août, que le président Idriss Deby Itno sera investi. Pour la 5e fois consécutive, il se soumet à cet exercice. Et tout indique que ce ne sera pas la dernière fois, puisqu’il a pris le soin de tripatouiller la Constitution pour se donner  les moyens légaux de régner sur le Tchad jusqu’à ce que la nature en décide autrement. Et comme il est impossible de battre un dictateur dans les urnes, il ne faut pas rêver d’une alternance démocratique au Tchad. C’est dans ce contexte que l’opposition fait comme elle peut pour contrarier l’homme fort de N’Djamena. Ainsi, sa réélection en avril 2016, avait été fortement contestée par  Saleh Kebzabo et ses camarades. En plus de cela, ils avaient déposé une plainte contre lui auprès de la haute Cour de justice pour violations des droits de l’Homme, disparitions forcées, détournements de fonds. Tous ces crimes ont été détaillés et consignés dans un document de 6 pages. Au nombre des actions engagées par l’opposition, l’on peut citer aussi son appel à manifester et ce, à la veille pratiquement de la cérémonie d’investiture et en dépit de l’interdiction du ministère de la Sécurité publique. Mieux, elle a même appelé à une journée ville morte à cette occasion.

Aucune lueur de changement démocratique ne peut être décelée dans le ciel tchadien

On ne peut donc pas faire le reproche à l’opposition de n’avoir rien entrepris face aux excès du président Deby. L’on doit au contraire relever et saluer l’ensemble de ses œuvres contre la dictature au Tchad. Car, il est suicidaire d’afficher son appartenance à l’opposition dans un pays, comme c’est le cas du Tchad où toutes les institutions sont à la botte du prince régnant et où le droit de casser de l’opposant par tous les moyens, apparaît comme une prérogative, peut-on dire, constitutionnelle du président de la République. Au plan endogène donc, aucune lueur de changement démocratique ne peut être décelée dans le ciel tchadien. Et l’opposition donne l’impression d’en être consciente. Là-dessus, elle ne se fait pas trop d’illusions. En effet, à propos de la plainte déposée contre le président Deby pour « haute trahison », le chef de file de l’opposition avait laissé entendre ceci : « Nous voulons juste montrer à notre opinion qu’un président de la République, aussi puissant soit-il, n’est pas à l’abri des poursuites judiciaires. Nous avons donc pour l’histoire et pour la formation de nos militants, décidé de poursuivre le président Deby… ».Face donc à l’homme fort de N’Djamena, l’opposition se contente pour l’instant de faire dans le symbolisme. Et pour ne rien arranger, la communauté internationale et certains présidents africains, à qui l’on ne peut pas faire le reproche d’être des satrapes, donnent l’impression de s’accommoder de la dictature de Deby. La raison principale de cela pourrait être liée au rôle que ce dernier joue dans la lutte contre le péril djihadiste dans la région du Lac Tchad, en particulier, et dans toute la zone du sahel en général. Dans les Ifoghas maliens, par exemple, on se souvient, en effet, des exploîts réalisés par le contingent tchadien dans la traque des barbus. A cette occasion, bien des soldats de Deby étaient tombés sur le théâtre des opérations. La contrepartie de ce lourd tribut pourrait être le silence que les champions de la démocratie observent face au traitement calamiteux que Deby réserve à la démocratie dans son pays. Et l’opposition, par moments, pour signaler qu’elle existe, est contrainte de poser des actes d’éclat qui sont loin de perturber le sommeil du dictateur. De ce point de vue, l’on peut dire que la dictature de Deby se porte bien. C’est donc en toute sérénité qu’il va porter, pour la 5e  fois consécutive, l’écharpe de président du Tchad. Et la probabilité que l’on compte parmi les convives de Deby, d’éminentes personnalités venues d’Afrique et d’ailleurs, est forte. Car, en plus des services que Deby rend dans le cadre de la lutte contre les illuminés, il y a le fait qu’il est le président en exercice de l’UA (Union africaine). Cette double casquette pèsera sans doute en faveur du succès de son investiture en termes de présence effective de têtes couronnées. Les plus hypocrites se contenteront de se faire représenter. C’est du pareil au même.

Idriss Deby est dans la logique des dictateurs

Mais tous, que ce soit dans l’un ou l’autre cas, doivent avoir à l’esprit la vérité suivante : en répondant favorablement à l’investiture de Deby, ils prennent part au requiem de la démocratie. Et ils devraient en avoir honte. En effet, il y a quelque chose de moralement indécent de trinquer à la santé d’un président qui est à la tête de son pays depuis un quart de siècle et qui, pour conforter sa dictature, n’hésite pas à tripatouiller la Constitution et à faire disparaître ses opposants. Que des chefs d’Etat du Gondwana appartenant à l’UA, prennent part à la comédie que représente l’investiture d’un satrape, est chose normale, puisque tout ce qui se ressemble s’assemble. Mais ce qui serait inacceptable, c’est de compter parmi les invités de Deby tous les présidents qui ont pris fait et cause pour la démocratie dans leur pays. Quant à Idriss Deby, l’on peut dire qu’il est dans la logique des dictateurs. En effet, ces derniers ne quittent jamais de leur propre gré le pouvoir. Ils ont tellement de cadavres dans les placards que de leur vivant, ils font tout pour ne pas permettre à quelqu’un de les ouvrir. Et en cela, Idriss Deby ne déroge pas à la règle. Tous, on se souvient, ont été chassés du pouvoir par la force. L’exemple le plus éloquent est la personne à laquelle Deby a succédé, c’est-à-dire Hissène Habré et qui vient d’être condamné à vie pour l’ensemble de ses basses  œuvres commises alors qu’il était au pouvoir. Et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, l’on peut se risquer à dire que Deby est en train de réunir les ingrédients pour finir comme ses prédécesseurs. A-t-il seulement un jour, pensé à cela ? On peut en douter. Car chaque dictateur est convaincu que ce sort n’arrive qu’aux autres.

« Le Pays »

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